Mercredi 14 mars 2007
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De ses mains j'ai fermé la dernière note, le dernier cahier, l'encrier .. renversé et le buvard déchiré. Un post-it froissé sur un coin de bureau, des stores clos, une machine qui n'attend plus que la poussière. Je repense aux routes, c'est incontournable. Parce que tu crois qu'elle n'avancera plus ? Les mains contre le mur, les yeux en avant les yeux en chantier. Les réverbères écrasent leurs ampoules en poudre de verre. Mes pas morcellent le reste les pavés iris. "Crois-tu ?" Je demande Isis.
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Une année écoulée, un an et nombres de cadavres de bouteilles, de rêves perdus se trimballant déglingués sur des terres en friche. Lausanne et ses bus électriques. Jerusalem et son mur, camp de réfugiés auberge et des kilomètres de routes englouties. Je me suis toujours cru l'été 78. Aujourd'hui le calme est au retour et les démons en façade.
J'ai gardé contact de loin en loin, peu ou proue avec certains ; Jed, Julian, Mel et les autres. J'ai toujours ce fil attaché aux tripes qui me relie à eux. Ils ne s'en doutent pas et ne peuvent le concevoir ; je suis resté froid lors d'épisodiques contacts. Froid et distant dans tous les sens du termes. Et après un an de mouvements élans envies déceptions chutes et rechutes, je sens mon étincelle se refroidir. Je n'aimais pas m'avouer les attaches du passé, sans quoi je n'aurai pas eu ce souffle de liberté qui m'a ravageait l'esprit pendant cette année.
Aujourd'hui, je pourrais raconter ces histoires, ces images incrustées à jamais au fond de ma rétine. Enflammer un récit et brandir mes mains anxieuses. Je suis revenu, j'en suis revenu .. mais c'est de repos dont j'ai besoin. Je suis blotti errant dans mon appartement au Kremlin-Bicêtre. Ma ville n'a pas changé. Le bus 323 passe toujours au pied de l'hôpital, longeant Montrouge-Arcueil-connection. Le goudron est froid et les files hurlantes de voitures s'agglutinent en traits continus. J'ai encore du mal à caler la réalité et ces diapositives furtives qui défilent à mes yeux. Cet après-midi la place victor hugo semblait agitée d'ombres de taxis arabes et de terres sablées. Ces territoires de fantômes coulent dans mes veines.
Et Elle. Et elle. Je hais le moment où je vais la revoir après tout ce temps. "Je t'aime nous non plus". Elle a foutu le camp. Le sort voudra sûrement que je la recroise. J'ai laissé cette femme derrière moi. La caméra secrète au poing, brune incandescente cheveux filés en bazar, elle déroulait ses kilomètres de bandes le long des rues de Ramallah. Mais je suis là, et il y a toujours ces immeubles opaques et des routes opaques. Le mur et le Kremlin s'immobilisent, mois de février merdique. Pas de beau temps, de la buée sur les carreaux, la nationale 7 à coté de Géo. Des hommes des métros grouillants et des regrets à faire vomir les bouches d'égouts. 19 heures, je lance le film. Lecture. Le moteur de la bobine s'active en cliquetis mécaniques et l'image jaillit au mur. Avance rapide et lecture : une table et des affaires. Elle est sur l'image ; elle prend son briquet. Des étincelles, il fait noir encore. Interrupteur et pause. La pellicule trouée laisse passer des rayures de soleil. Pause. Elle monte les marches rapidement, jette sa veste sur le dos d'une chaise et s'approche d'un miroir, je suis dans le reflet. Le film saute, 19 heures toujours.
Les yeux nacrés, les yeux bandés juste en face, besoin d'attendre entendre une femme brune au regard en biais,
je suis encore à Paris,
les démons cloués en façade.
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La pellicule trouée laisse passer des rayures de soleil. Le goudron est froid et les files hurlantes de voitures s'agglutinent en traits continus. Pause. Elle monte les marches rapidement, jette sa veste sur le dos d'une chaise et s'approche de l'armoire. 19 heures toujours. Elle remue le linge à l'intérieur à la recherche d'une tenue. 19 heures encore. Elle tombe finalement sur sa robe noire, l'extirpe du tas et se dirige vers l'horloge au mur. Quelque chose ne lui convient pas.
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Le froid casse. Le froid passe. Cils colorés noirs et entente irrationnelle.
Elle descend de l'étage de l'hôtel et laisse les clés à l'accueil. Elle avance sur le tapis de l'entrée, longe le miroir et franchit la porte vers l'extérieur. Il fait nuit. Elle regarde sur le boulevard à gauche à droite. Il fait nuit et elle sait qu'il n'est pas encore l'heure. Elle resserre son imper, les mains dans les poches, elle s'avance au bord du trottoir. Les boutiques de nuit, la circulation, ces gens qu'on croise sans les voir. Elle entreprend de remonter la rue un moment, esquissant de ses yeux cette même rue : le jour, le quotidien, la vie taciturne. Elle est en avance. Elle sent dans ses poches l'enveloppe qu'elle lui a préparé. Ça sera la dernière, s'était-elle décidée hier, après leur coup de fil.
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Une villa le soir l'été, des rythmes latins et des robes en noir
Il regarda sa montre, elle devait l'attendre maintenant. Il leva son verre aux lèvres et rejoignis un groupe de personnes sur la terrasse. Il faisait une chaleur légèrement humide.
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Puisque personne ne la croit un disque monochrome raconte hier. Et en secret sur le fil grésillant, des étoiles peintes aux murs coulent rouge-iris isis. D'ici se collent à nos rétines les sons d'une orge de barbarie ; j'entends les bruits de tambourins laver son corps. Les dragons n'existent pas, les corps ternis de nos placebos en papier buvard s'en foutent. L'encre se retranche dans nos coins de tetes, le jour, les dragons n'existent pas. Et les démons en facade et la gueule en travers au pénible au quotidien et les fées déglinguées aux couronnes d'ampoules électriques .. tout ça cligne dans la pénombre d'un coin de métro. Des traces étranges de mélasse persistent sur la peau et les idées pulsent sous perfusion : gaines de caoutchouc, drainées de graisses noires, la nuit, les idées séchées, d'étincelles de réverbères ; la nuit est prometteuse. Son alter-ego fiche le camp, hybride. La nuit, les touches d'un piano mécanique tes valses de guirlande affolée, .. des danses, persistent les ailes grises des fantomes .. des phantasmes des sirènes.
Exit.
Et elle brisée enlisée errante, les mains collantes aux murs de marée noire, elle coule de sueur et crève parce qu'ils ne voient pas.